« Chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle »
Abou Bakr Kadiri n'est plus ! C'est en effet avec beaucoup de peine que j'apprenais la disparition de ce grand homme, ancien combattant de l'indépendance, une des plus grandes figures de la lutte nationale ayant consacré sa vie entière à véhiculer les valeurs de loyauté, de citoyenneté et de patriotisme.
De tous temps, la lumière de l'expérience avait guidé l'énergie des âges vigoureux, et le feu de la jeunesse s'était employé à réchauffer ses aînés progressivement gagnés par le froid de la vieillesse.
Une de nos déceptions actuelles est de constater que cette aptitude à vivre ensemble, et la volonté de s'éclairer mutuellement, sont en voie d'extinction. L'interférence naturelle entre enfants et adultes, même avec ses rugosités occasionnelles, a radicalement disparu. On s'affrontait, maintenant on s'ignore ou on s'évite. On rivalisait, maintenant on ne se connaît même plus, ou si peu... Le conflit a laissé place à des coexistences parallèles, hermétiquement cloisonnées. Un réseau de strates et de barrages s'est progressivement constitué, sans que l'on s'en rende compte.
Les modes de vie modernes ont bouleversé l'esprit de transmission générationnelle. La communication entre parents et enfants est maintenant déstabilisée. Une des principales explications à cette désaffection mutuelle entre génération réside à mon sens dans la technologie. Les parents sont déroutés par des technologies qui ne leur sont pas familières. Ils envisagent avec circonspection des modes de vie qui leur paraissent s'égarer dans des mondes virtuels. L'univers Facebook, leur est impénétrable ; ils n'en perçoivent que les aspects néfastes. En retour, les enfants ne reçoivent de la génération au pouvoir aucune orientation claire quant à leur futur. Se voyant exclus de l'emploi, composant sans lequel le ciment social ne fait plus prise, ils se replient sur des pratiques de groupe dont ils rechignent à donner les clefs. De cet écartèlement progressif des modes de vie résulte une grave exclusion mutuelle où, pour la première fois dans l'histoire les fruits d'une technologie échappent à la génération au pouvoir et se concentrent dans les mains des plus jeunes. Pour autant, le clivage lié aux réseaux sociaux n'a rien à voir avec les effets d'une mode. Il résulte plutôt de la stratification qui instaure entre deux classes sociales : ceux qui y sont, ceux qui n'y sont pas. Je suis taraudé par l'esprit ségrégationniste qui découle de cette distinction binaire. Le phénomène Facebook-Tweeter, qui n'a pas été anticipé par les adultes, va bien au-delà de la fracture numérique. Avec cet enchaînement de rejets réciproques, nous avons franchi les premiers degrés de ce qui pourrait bien devenir une nouvelle Tour de Babel. Si rien n'est fait pour juguler l'incompréhension naissante entre le monde des adultes et celui des jeunes, la pression entre les deux générations continuera d'augmenter. Ces derniers patienteront peut-être encore un peu, mais finiront par se révolter vivement !







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